L’interrupteur

Combien de fois comme gestionnaire marketing – ou comme gestionnaire tout court – avons-nous été confrontés à une situation que nous désirions changer? Combien de fois nous sommes-nous retrouvés à rêver en nous disant qu’il serait si simple de changer les comportements en utilisant un interrupteur? Je suis présentement en Algérie, où j’enseigne à un groupe de cadres en exercice, dans le cadre du MBA exécutif de l’Université de Sherbrooke, donné en collaboration avec l’Institut algérien des hautes études financières. Ici, certains plusieurs travaillent hardiment à mettre un important interrupteur à « ON » : celui de l’économie de marché.

À la fin des années 1990, après dix années de socialisme, l’Algérie se tourne vers l’économie de marché. C’est alors que le pays met l’accent sur la formation des cadres des entreprises d’État pour affronter la nouvelle réalité. On peut dire que c’est en vertu de cette détermination que je me retrouve ici, aujourd’hui.

Après 10 années de formation, je réalise que les cadres algériens sont fort motivés et – comme le résume Redouane Aissa Kouider, directeur général de l’Institut – déterminés à devenir de bons gestionnaires :

« Pour être bon ‘manager’, il faut maîtriser la technique. »

Il faut saluer le progrès réalisé par les Algériens en dix ans. Mais comme nous en avons convenu Redouane et moi, la maîtrise de la technique demeure insuffisante. Vous me permettrez le parallèle suivant avec notre réalité québécoise (et ma foi, universelle) :

C’est comme pour l’innovation marketing… maîtriser la technique n’est pas suffisant.

Nous connaissons tous des entreprises ou des intervenants qui sont passés maîtres dans le contrôle et l’innovation technologique : ils connaissent le micro (pardon) le nano-détail et savent très bien faire évoluer la technique. Plusieurs de ces intervenants nous inondent de billets et de tweets qui valorisent la technologie au point de déclarer que c’est la technologie qui crée l’engagement des consommateurs.

Euuhhhh. Comment dire? Non, pas du tout.

Penser que la technologie crée l’engagement des gens, c’est penser que maîtriser la technique est suffisant.

Penser que la technologie crée l’engagement des gens, c’est avoir une pensée marxiste du marketing (hein?). Pensez-y : selon la théorie marxiste, ce n’est pas la demande qui crée l’offre, mais que c’est l’offre qui crée la demande. Selon cette doctrine, c’est ce qui est produit qui définira la demande de la population.

Bref, penser que l’offre technologique à elle seule crée la demande des citoyens, c’est agir en bon marxiste du marketing, et penser que les désirs et les aspirations des gens n’ont rien à voir dans l’évolution du marché. Eh bien, non. Soyons clairs : je dis qu’il faut maîtriser les aspects techniques de l’évolution technologique. Mais je dis aussi que se limiter à ce seul aspect est insuffisant.

Merci donc à mes amis Martin Lessard pour la citation de son tweet d’hier et Redouane Kouider, pour notre conversation d’hier sur l’évolution de la philosophie économique algérienne…

Vous m’aurez permis de réaliser d’une autre façon encore qu’il faut s’affranchir de la vénération de l’offre technologique – car en fin de compte, ce n’est qu’un moyen, et pas une fin – et continuer à développer ce qui est au-delà de la technique : le Savoir lié au comportement des gens.

De quoi définitivement mettre quelques interrupteurs à « ON ». Et vous, ça vous allume?

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